Les enfants de maternelle représentent aujourd’hui un licencié sur cinq à l’Usep. Comment les rencontres ont-elles été adaptées à ce public ? Comment favoriser la pratique des 3-6 ans au regard des enjeux de santé et de socialisation ? Les réponses de Pascal Feneau, conseiller pédagogique et élu national de l’Usep.

 

Pascal Feneau, quelle place occupent aujourd’hui les maternelles à l’Usep ?

Ils sont 145 000, soit un peu plus de 20 % de nos licenciés enfants. Cette proportion est en augmentation : tandis que nos effectifs en élémentaire ont tendance à fléchir, la progression en maternelle la compense en partie. C’est un aspect auquel les comités départementaux ne sont pas indifférents, au-delà des enjeux éducatifs et de santé d’une sensibilisation précoce à la pratique physique. Mais l’enjeu réside également dans le lien tissé avec les parents. Très sensibles à l’éveil de leurs enfants, ils se rendent disponibles, les papas comme les mamans, pour accompagner les rencontres. Ils découvrent leurs capacités motrices, leur comportement en collectivité. Et aussi la philosophie des rencontres Usep, à laquelle ils se montrent très réceptifs.

En quoi ces rencontres s’adaptent-elles au public spécifique des 3-6 ans ?

La rencontre maternelle est la première pour l’enfant, au sens d’aller « à la rencontre » d’enfants inconnus, souvent dans un lieu inusité, hors du cadre sécurisant de la classe, de l’école. L’approche ne sera donc pas la même que pour des enfants d’élémentaires qui ont davantage construit leur rapport aux autres. La préparation en classe n’en est que plus importante. Il faut également adapter le déroulé à un public qui se fatigue plus vite et possède une capacité d’attention moindre. Les maternelles n’ont pas non plus une approche sportive des activités et ont besoin d’être accompagnés dans celles-ci. C’est pourquoi on donne aux ateliers des noms très parlants, comme « la rivière aux crocodiles ». On proposera en athlétisme une « course du clown » où les traits de maquillage sur le visage accompagnent la progression dans le parcours, et l’on utilisera des albums à jouer où une histoire racontée rythme les exercices à réaliser.

L’opération nationale À l’Usep, la maternelle entre en jeu ! a pris la suite il y a 3 ans, du Printemps des maternelles, dont la première édition remontait à 2006. Que traduit ce changement de nom ?

Le Printemps des maternelles visait à recenser et développer les rencontres maternelles et mettait l’accent sur l’adaptation aux 3-6 ans : brise-glace, durée d’ateliers raccourcie, expression du ressenti… Cela acquis, « À l’Usep, la maternelle entre en jeu ! » propose un premier apprentissage des rôles sociaux, en confiant aux enfants des responsabilités aux enfants symbolisées par le sablier du « maître du temps » (qui indique le début et la fin d’un jeu d’opposition) et la clochette que le « maître du jeu » agite pour interrompre celui-ci quand un enfant est en difficulté ou sort du jeu. Préparés et bien balisés, ces rôles sont tout à fait accessibles aux enfants de maternelle.

Les maternelles bénéficient-ils de la même offre de rencontres que leurs aînés d’élémentaire ?

Ils participent en moyenne à 2,5 rencontres dans l’année, contre 3,5 en élémentaire. Cela s’explique en partie par l’importance du temps de préparation, en particulier pour des enfants de petite section, pour lesquels il faut au préalable installer la confiance dans la classe et l’école. Ce temps, qui va bien au-delà la préparation de l’activité, est l’objet de notre document Ma première rencontre Usep. Mais si la fréquence est légèrement moindre, les activités supports sont très variées1. Enfin, l’importance du groupe classe, essentiel et sécurisant pour les enfants comme pour les enseignants de maternelle, explique que les rencontres hors temps scolaire représentent à peine plus de 1 %.

Encouragez-vous rencontres communes maternelles-élémentaires ?

Elles peuvent être très intéressantes, en particulier lorsque des cours moyen encadrent des maternelles : ils se montrent en générale très protecteurs, mais aussi très attentifs à ce que les plus jeunes respectent les consignes. Cela exige de leur part un langage adapté pour expliquer très clairement le jeu et ce qui est attendu des petits. Cela aide aussi les plus jeunes à « entrer dans la danse » lorsqu’il s’agit de petits bals : lorsqu’on est un peu perdu, il est plus facile de suivre un rythme ou un enchaînement de pas en prenant appui sur les grands. Les randonnées ou les activités « roule et glisse » se prêtent également très bien à une pratique commune maternelles-élémentaires.

Que dites-vous aux enseignants de maternelle qui hésitent encore à se lancer ?

Je leur dis que, pour eux aussi, la rencontre Usep est une occasion de sortir de l’école et de rencontrer d’autres enseignants, avec lesquels ils auront aussi pu réfléchir en amont à la façon d’adapter les activités. Vous ne voyez pas comment faire pratiquer le saut en longueur à vos élèves ? Eh bien, jouez sur les images. Au lieu de mesurer la performance en centimètres, proposez le saut de la grenouille, du lapin, du chevreuil afin de mettre l’enfant en situation de réussite… Ce genre de chose, cela s’imagine dans la collaboration entre enseignant. Si vous n’êtes pas spécialiste du sport, vous l’êtes dans l’observation des enfants. Et, en cela, vous avez-vous aussi beaucoup de choses à apporter.

(1) Sur 2157 rencontres Usep réunissant exclusivement des enfants de maternelles, les 10 activités les plus représentées sont, par ordre décroissant : athlétisme, gymnastique, jeux collectifs, jeux d’oppositions, activités d’orientation, randonnée pédestre, engins roulants, jeux du patrimoine, danse et kinball. 

 

Les enfants de maternelle sont entrés dans le jeu

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